L’ISLAM ET LA CITOYENNETE AU BURKINA
La citoyenneté, c’est « l’art du vivre ensemble avec tous les autres, de partager un espace commun de vie, de solidarité, d’expression ». Vision noble qui suppose un « niveau d’exigences élevées », au-delà des plans matériel, économique, civique et social.
De ces exigences, nos sociétés en sont le plus souvent bien loin. La citoyenneté, c’est un fait qui réduite à une dimension trop strictement sociale et politique. Pour redonner vie et souffle à cette aventure, il faut lui faire franchir le pas du politique au spirituel. Autrement dit, la réalisation spirituelle, intérieure, doit devenir la finalité profonde de la citoyenneté.
Cet idéal ne devrait pas être réservé à une élite, à une poignée de figures exceptionnelles, mais devenir une finalité de nos sociétés. En sachant qu’accéder à une telle citoyenneté constitue, pour chacun, le fruit d’un travail de construction de soi. En Islam la notion de citoyenneté s’inscrit dans cette dimension. C’est pourquoi nous musulman au Burkina se devons de participer au débat pour une prise en compte de notre contribution à la construction du Faso. En septembre 2012 le gouvernement de notre pays a organisé des assises nationales sur la perception de la laïcité chez nous. Certainement nous avons notre mot à dire. Car la présence des citoyennes et des citoyens de confession musulmane ne se construit pas en opposition à la laïcité. Fort heureusment dans ce pays il y a des hommes et des femmes de confession musulmane qui porte la foi islamique dans la dynamique de fedérer toutes les energies pour une construction du Faso.
Spiritualité citoyenne ou citoyenneté spirituelle ?
L’éducation civique est la formation des jeunes à la citoyenneté. Il s’agit de préparer des femmes et des hommes à gérer plus tard leur pays avec l’amour et le sérieux que cela requiert. En Islam le civisme est important car son but est de modeler l’âme de l’individu pour qu’il se soumette aux préceptes divins dès le bas-âge. En effet, en obéissant à ces préceptes, via ses parents, sa vie individuelle, sa vie sociale, ainsi que sa vie religieuse seront menées à bien.
Le Prophète Mouhamad à son tour, en parlant du perfectionnement de soi-même et de l’importance à attacher aux intérêts sociaux a dit : « Tu peux reconnaître les croyants aux signes distinctifs suivants : ils sont compatissants les uns envers les autres ; ils se vouent une réelle affection et nourrissent des sentiments d’amour très solides ; semblables à un seul corps qui lorsque l’un de ses membres est soumis à la douleur, ressent en sa totalité la fièvre et l’insomnie. »
Dans cet autre hadith aussi : « Le croyant ne peut se prétendre tel tant qu’il ne désire pas pour son frère ce qu’il désire pour lui-même. »
Ou encore : « Le meilleur d’entre vous est celui qui est le plus utile aux autres. »
Et enfin : « Celui qui ne se sent pas concerné par le sort de ses frères ne peut se dire musulman. »
Au regard de ces enseignements de l’Islam, doit-on parler de spiritualité citoyenne ou citoyenneté spirituelle en Islam?
En prise directe avec le multiculturalisme de nos sociétés, la pluralité des cultures, traditions et religions la notion de citoyenneté en Islam est infiniment respectueuse des autres et de l’espace public. Cela suppose de s’ouvrir et d’intégrer tout ce qui, dans les diverses traditions spirituelles, permet d’aller plus loin que la simple invitation au respect, à la tolérance et à la solidarité. Ces vertus « citoyennes », essentielles, ont une dimension de profondeur qui excède le plan moral, social ou politique. En somme être citoyen en Islam c’est aussi aimer tout le monde. L’une des manifestations de cet amour, c’est le service public, qui traduit le sens profond de la solidarité.
Musulman d’abord et burkinabè ensuite ?
Enfin à ceux qui nous demandent si nous sommes d'abord "musulmans" ou "burkinabè", il convient de dire que la question est mal posée, voire qu'elle n'a pas de sens. Si nous parlons de la conception de la vie et de la mort, nous dirons que nous sommes "musulmans"; mais si l'on nous interpelle sur une question civique et /ou sociale nous répondrons que nous sommes "burkinabè".
Car comme le dit si bien Tariq RAMADAN (Islamogue suisse), être musulman c’est « promouvoir le bien et de témoigner de ce que nous sommes par un engagement permanent pour plus de dignité, de justice et de solidarité. C'est clairement de devenir d'authentiques citoyens ayant compris la nécessité de participer aux dynamiques sociales et politiques de leur société ». Donc il n'y a aucune contradiction à être musulman et burkinabè. Bien au contraire, mon identité rayonne sur ma citoyenneté et l'enracine chaque jour davantage en lui imposant le sérieux, la vigilance et l'honnêteté.
Hassan KINDO