INTRODUCTION
Pour l'Islam, les fêtes rythment la vie et apportent une autre dimension au rapprochement entre le croyant et son créateur. Le fait de fêter, d’organiser des réjouissances, c'est être avec Dieu pour comprendre que tout acte que nous posons a une valeur spirituelle, puisqu’il est à l’extrémité de deux pôles : soit notre action nous conduit au paradis, soit cette action nous enfonce dans les abîmes de l’enfer. Ainsi, tout acte devient sacré par la conscience qui le produit contre l'oubli, dans le rappel de Dieu, pour l'amour et le partage.
Cependant, lorsque nous observons les pratiques de chez nous à propos des réjouissances, quelle n’est pas la déception, le constat amer d’une certaine confusion, d’un désordre humain qui ne dit pas son nom.
C’est pourquoi, il s’avère important de s’interroger sur la qualité, les fondements des walimas qu’ils soient pour les mariages, pour le hadj, ou encore pour les nouvelles maisons et les promotions (examen, concours et boulot).
I. DEFINITION
Le mot walima est dérivé de awlam, ce qui signifie pour rassembler ou assembler. Il désigne une fête en arabe. Walima est utilisé comme un symbole pour afficher la félicité domestique dans l'après-mariage des ménages. Bien que walima soit souvent utilisé pour décrire une célébration de mariage, il est également organisé pour célébrer la naissance d'un nouveau-né et l’acquisition d'une nouvelle maison, ou après le hadj.
Walimaen traduction littérale signifie "monter" et est utilisé pour décrire un ensemble ou fête célébrant les grands événements de la vie.
S'il est un terme arabe, ce n'est pas nécessairement un terme réservé aux musulmans en tant que tels, comme le mot décrit simplement l'événement qui doit être célébré.
II. FONDEMENT
Pour les savants de l’école châféite lorsqu’on a un événement heureux, il est recommandé de préparer un repas en fonction de ses moyens pour inviter ses proches et les personnes démunies. C’est le cas lors des mariages. Ces juristes musulmans, se sont appuyés sur le hadith rapporté par Boukhari où le Prophète (SAWS), a dit à Abderrahmane Ibn Awf : « Fais la Walima même avec un seul mouton ! » pour dire qu’elle est obligatoire, surtout dans le cas d’un mariage.
Par extension à l’occasion des baptêmes de nouveau-nés, d’une nouvelle maison ou après le hadj, chez certains musulmans arabes, on organise un repas après la circoncision. Cela aussi est appelé walima.
Toutefois, d’autres écoles juridiques abordent le sujet, mais en insistant sur tel ou tel aspect.
III. LES WALIMA ENTRE ADORATION ET PERVERSION
Il est très important de souligner que le repas du walima et la réception organisée à cette occasion doit se faire dans le strict respect des préceptes islamiques. Les savants condamnent ainsi les dépenses excessives et le gaspillage dans la réalisation du walima. Il ne faut pas non plus que cette réception revêt une dimension ostentatoire.
Comme indiqué précédemment, le walima sera organisé selon nos moyens. Néanmoins, on veillera à ne pas y convier exclusivement des personnes aisées, en excluant les pauvres. Abou Houreïra condamnait cela sévèrement en disant : « Le pire des repas est celui du walima auquel on n'a invité que les riches et délaissé les pauvres (…) » (Boukhâri) Des propos allant dans le même sens sont rapportés de Ibn Abbâs et Ibn Mas'oûd.
En ce qui concerne la personne qui reçoit une invitation personnelle au repas du walima, selon beaucoup de savants, il lui est obligatoire d'honorer celle-ci - sauf s'il a une excuse valable pour ne pas le faire ; c'est le cas par exemple lorsqu'il y a des choses illicites dans la réception et qu'il ne peut rien faire pour qu'elles soient enlevées. C’est le cas des écoles châféite, hambalite et de l'Imâm Mâlik.
Pour d’autres savants (essentiellement les hanafites) le fait d'accepter l'invitation du walima n'est pas obligatoire, mais seulement recommandée.
De nos jours, les gens ne sont pas conformes aux principes islamiques et ils jouent aussi toutes sortes de comportements qui sont religieusement interdit comme l'alcool, la danse des femmes et des hommes ensemble, etc, et ensuite, le Coran est récité au hasard. Ces sortes de scènes qui sont fondamentalement contraire à l’éthique islamique, démontrent clairement que les dérives constatées ça et là sont en train de discréditer les walima. Ce qui est autorisé devient illicite dès lors qu’on en fait un mauvais usage. Notre communauté islamique est versée fondamentalement dans une dynamique de consommation tout azimut. Nous consommons comme les autres consomment. A croire que les musulmans burkinabè sont des abonnés aux fêtes, sans discernement. C’est ce qui explique le fait que nous voulons tout fêter. Certains poussent le ridicule plus loin en organisant des walima pour arroser la réussite au CEP ou au BEPC des enfants. Comment quelqu’un qui n’a pas boulot et rien que le CEP. On pense l’encourager ainsi, mais est-ce réellement la meilleure forme ?
De même, certains burkinabè qui ont été surpris par leur ascension sociale, trouvent toutes les occasions pour walima. La conséquence est qu’on nous impose à consommer tout azimut. Et souvent au détriment de nos moyens et de notre dignité.
Il faut aujourd’hui utiliser les références islamiques pour s’opposer et résister à certaines aliénations culturelles. C’est pourquoi, il demeure salvatrice pour nous musulmans du Faso, de savoir toute raison gardée, rester nous même dans la fête et autres walima.
Dans nos sociétés, caractérisées par la défaillance des marqueurs sociaux, la fête, mécanisme de renouveau sociétaire, nous enseigne qu'il est important de tisser des réseaux humains pour dynamiser une perspective communautaire, en vue de développer une éthique de solidarité. Illimitée dans l'action civilisatrice, la fête offre l'amour, entretien la dignité, éveille la convivialité, développe la générosité et baigne l'être dans une spiritualité participative, une fraîcheur de renaissance, une paix qui s'ouvre à l'humaine fraternité contre la démission du potentiel affectif. Elle est un chemin qui mène de la " Transcendance " à la " Communauté ".
Qu’en est-il, de nos walima ? Quelle attitude faut-il adopter pour se libérer des pratiques avilissantes de chez nous à tord appelés walima?
Si nous croyons en Dieu, notre Tawhid, doit nous empêcher de fêter comme on fête et consommer comme on consomme. Le Tawhid oriente, façonne et guide le musulman en permanence. Il donne une dimension de centralité et nous enseigne que tout ce que nous faisons, tout ce que nous consommons relève de l'adoration quand Dieu est mis au centre. Moteur de toute action, inspiration de toute réflexion, le Tawhid exige un renouvellement constant de nos intentions et du sens que nous donnons à notre vie quotidienne.
A l'heure où certains se plaisent à voir dans l'islam le sens d'un enfermement et la somme de restrictions, nous avons pour tâche de montrer l'aspect libérateur de la spiritualité musulmane. Témoigner de Dieu, c'est se libérer de l'homme, de ses passions, de ce que la société tente de nous imposer en terme de mode, de tendance et de dictature normative. Il nous faut comprendre que notre spiritualité n'a pas pour seul but de nous protéger de nous-mêmes ou des autres ; elle se veut plus ambitieuse et plus noble : la spiritualité tend à nous faire comprendre que les seules chaînes qui nous emprisonnent sont celles que nous nous imposons. Notre foi doit être inspiratrice de compréhension et de sens ; elle doit chercher à nous libérer de tout ce qui pourrait nous aliéner et non seulement nous protéger de ce que nous craignons. Vivre sa spiritualité, c'est reconnaître sa soumission volontaire en l'Unique, mais c'est aussi comprendre qu'au-delà de cette reconnaissance, nulle âme ni force ne peut nous aliéner et ne peut aliéner notre liberté.
Appréhender la spiritualité sous la forme de la libération permet à la fois de nous protéger mais aussi de pouvoir agir et développer des formes de walima qui cadrent avec ce qu’ALLAHOU SOUBHANA TAALA a recommandé. Cela voudrait dire que nous devons devenir des acteurs de notre société et non plus des consommateurs.
CONCLUSION
A travers nos walima,la fête doit prendre un sens nouveau en fonction de notre spiritualité dont elle révèle l’exigence de rester proche de Dieu. Pour cela, il faut savoir éviter les simplifications dangereuses et les compromissions pour plaire à Dieu au lieu de vouloir plaire aux hommes. Ainsi, seulement, la fête, le walima prend la plénitude de son sens.