EN GUISE D’INTRODUCTION
Quelles que soient les époques,la Da`wa a toujours été sous la loupe et quel que soit le niveau d’étude, elle a toujours été jugée insuffisante.Aujourd’huiencore, on trouve qu’elle ne va pas assez loin, qu’elle ne s’adapte pas assez rapidement àl’évolution sous nos latitudes , que les da’i devraient être plus polyvalents pour répondre aux besoins actuels.
Toutefois, même si cette Da`wa pouvait répondre à tous les critères d’excellence, les savoirs d’hier et ceux d’aujourd’hui ne sauraient suffire à faire face aux avancées technologiques et organisationnelles qui pointent déjà comme des défis à l’Islam. De nos jours, le rafraîchissement des savoirs et le renouvellement régulier et périodique des compétences s’imposent pour une Da`wa tant défensive qu’offensive.
Celui qui porte un regard sur l’évolution de la conception de la Da`wa est amené à constater le passage d’un système fermé (on appelle à l’Islam parce qu’il faut appeler) à un système ouvert à son environnement (on appelle à l’Islam pour répondre aux besoins de la communauté et de ses membres, on appelle à l’Islam pour former et pour investir).
C’est dans cette dernière perspective que nous présentons ici la Da`wa.
La perspective s’articule autour de trois aspects complémentaires qui répondent à quatre questions fondamentales :
- La justification de la légalité de l’appel à l’Islam par des versets ou des hadiths ;
- L’explication de la méthode organisationnelle de l’appel à l’islam ;
- L’Enumération des difficultés liées à l’appel à l’islam dans le monde contemporain.
- Les mérites liés à la Da’wa et les conséquences liées à son abandon
Mais avant tout propos, il s’avère nécessaire de procéder à une élucidation conceptuelle de certaines notions liées au mot da`wa.
I. Concept et évolution de la notion de Da’wa
· Etymologiquement : le motda`wa vient de l’arabe : دَعْوة [da`wa], qui signifie invitation.
La racine d.’ â., dans le Coran, aplusieurs registres de signification : appel, invitation, invocation de Dieu ou prière. Le mot da`wa qui en découle désigne l’invitation, faite aux hommes par Dieu et les prophètes, à croire en la vraie religion.
« Et avertis les gens du jour où le châtiment les atteindra et ceux qui auront été injustes diront : "Ô notre Seigneur accorde-nous un court délai, nous répondrons à Ton appel et suivront les messagers". - N'avez-vous pas juré auparavant que vous ne deviez jamais disparaître? »Sourate 14, verset 44
· D’un point de vue religieux : c’est un ensemble de techniques utilisé pour propager la religion.
Elle désigne la technique de propagation religieuse utilisée par les musulmans et qui consiste à envoyer des missionnaires (dâ`i) dans la population.
Le prophète Mouhamad (SAWS) a eu pour mission de renouveler cet appel, qui devient « l’appel à l’islam » ou « l’appel de l’Envoyé de Dieu. » Auparavant, on aura admis que la religion de tous les prophètes est l’islam, chaque prophète ayant son propre appel (même les faux prophètes ont usé du mot da`wa pour désigner leur prédication).
Le terme s’applique également à la communauté des hommes qui ont répondu à l’appel du Prophète. On parle alors de « consensus de l’appel » (ijtimâ’ al-da’wa).
· D’un point de politique : c’est un moyen de créer un nouvel empire.
On peut donner au terme da’wa un sens à la fois politique et religieux comme le fait Ibn Khaldoun, pour qui la da`wa est un des outils qui servent à fonder un empire nouveau.
· De nos jours et pour nous acteurs du mouvement associatif islamique au Burkina da’wa c’est tout cela à la fois.
- C’est un appel à l’Islam à travers un discours et à travers un modèle identificatoire
- C’est aussi la construction d’une image de l’Islam et du musulman qui contraste avec les stéréotypes et autres préjugés actuels.
II. Fondement de la Da’wa
La da’wa est une obligation religieuse (taklif) qui trouve ses fondements dans le Coran et dans la Sunna de Rassul (SAWS). De ce fait partant du principe que l’Islam est une religion universelle dans le sens où le message coranique s’adresse à toute l’humanité (au passé, au présent comme au futur), la Da’wa constitue une obligation pour tous les croyants à commencer par le Prophète (SAWS).
Le Coran dit à cet effet:
« Nous t’avons envoyé à la totalité des hommes, uniquement comme annonciateur de la bonne nouvelle et comme avertisseur ; mais la plupart des hommes ne savent pas ». Sourate 34 verset 28.
« Invite (les gens) à suivre le sentier de ton Seigneur en usant de sagesse et de bonnes paroles. Et discute avec eux de la meilleure façon. Certes, c’est ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s’égare de Son sentier et ceux qui sont bien guidés. » Sourate 16 verset 125
« Que soit issue de vous une nation qui invite au bien, ordonne le convenable et interdit le blâmable. Ce sont ceux-là qui réussiront. »Sourate 03 verset 104
À première vue, le troisième verset peut sembler restreindre l’obligation générale présentée dans le deuxième, mais si on étudie de plus près la sounnah du Prophète Mohammed (SAWS), on y découvre qu’appeler les gens à n’adorer qu’Allah relève plus de l’obligation individuelle que de l’obligation collective. Le Prophète (SAWS) a dit : « Transmettez de moi ne serait-ce qu’un seul verset. » (al-Boukhari) Transmettre le message n’exige donc pas un haut niveau d’éducation; c’est une responsabilité qui repose sur chaque musulmane ou chaque musulman, selon ses capacités.
Cette obligation est soulignée avec encore plus d’insistance dans le verset suivant, qui affirme que de ne pas transmettre le message – c’est-à-dire de garder pour soi sa connaissance de la vérité – est un acte de désobéissance envers Allah, pour lequel Il fait descendre Sa malédiction sur ceux qui s’en rendent coupables. De toute évidence, il s’agit donc d’un péché qui peut mener tout droit en Enfer.
« Ceux qui dissimulent ce que Nous avons révélé comme preuves et comme indications pour guider les gens, après que Nous les ayons rendues claires dans le Livre, ceux-là sont maudits par Dieu et maudits par ceux qui ont le pouvoir de maudire, à l’exception de ceux qui se sont repentis, se sont amendés et ont ouvertement déclaré (la vérité).» Sourate 02 verset 159
Dans le même ordre d’idées, le Prophète (SAWS) a déclaré : « Quiconque cache un savoir, Allah le marquera avec le fer de marquage de l’Enfer. » (Ahmad)
Appeler les gens à n’adorer qu’Allah signifie également parfaire notre adoration, qui est la raison pour laquelle nous avons été créés. C’est un des actes les plus nobles, qui mérite une rétribution supérieure. Dans la mesure où l’Islam est une religion éternelle destinée à tous les hommes et pour tous les temps, il faut donc des porteurs du message et une prédication (da’wa) qui se renouvelle perpétuellement afin que l’ensemble de l’humanité sache que : « Certes la religion acceptée d’Allah, c’est l’Islam » Sourate 03 verset 19
Dans la Sira du Prophète (SAWS), il ressort que Rassul (SAWS) ne s’est pas limité à envoyer ses compagnons dans les différents territoires arabes pour diffuser le message de l’Islam, mais il a aussi incité les non musulmans à embrasser l’Islam. De même qu’il a adressé des courriers aux rois des contrées non-arabes (Egypte, Ethiopie, Byzance ou la Perse), les invitant à rejoindre avec leur peuple, la communauté des musulmans.
Après la mort du Prophète (SAWS), les ulémas (qui sont, selon le hadith, ses héritiers) ont le devoir de poursuivre la mission prophétique. En fait, pour la majorité des théologiens musulmans, toutes tendances confondues, la tâche assumée par le Prophète, incombe, après sa mort, à toute sa communauté qui est la meilleure des communautés, la nation idéale parmi les nations, celle qui reste fidèle à la religion d’Abraham, père de tous les monothéistes, et qui est appelée à témoigner de sa foi parmi tous les hommes :
« Et lutter pour Allah avec tout l’effort qu’Il mérite. C’est lui qui vous a élus ; et Il vous a imposé aucune gêne dans la religion, celle de votre père Abraham, lequel vous a déjà nommés « Musulmans » afin que le Messager soit témoin contre vous et que vous soyez témoins contre les hommes » Sourate 22 verset 78.
Dans un autre verset : « Et aussi Nous avons fait de vous une Communauté de juste pour que vous soyez témoins aux gens, comme le Messager sera témoin à vous » Sourate 2 verset 143. Aussi nous avons le devoir en tant que musulmane et musulmane d’instruire l’humanité et de lui dévoiler constamment l’essence de la foi en Allahou soubhana taala.
Les juristes musulmans invoquent aussi le principe dit de « La recommandation du bien et l’interdiction du mal » :
« Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, et interdit le blâmable. Car ce sont eux qui réussiront. » Sourate 03 verset 104
Puisé au départ dans la source coranique, il été ensuite explicité par un hadith attribué au Prophète définissant les trois niveaux d’action pour recommander le bien et défendre le mal : par la main d’abord, par la langue s’il n’est pas possible de changer matériellement l’ordre des choses, par le cœur (ou la conscience) enfin pour celui qui se trouve dans l’incapacité d’utiliser les deux premiers moyens.
L’argumentation des fuqaha (juristes) et des théologiens utilise aussi un des fondements du droit islamique, à savoir l’ijmaa (le consensus des savants). On considère en effet, qu’il existe un consensus parmi les compagnons du Prophète et ceux qui les ont suivis pour définir la da’wa comme une obligation religieuse. Il restait à préciser si cette obligation concerne tous les musulmans comme la prière ou le jeûne ou seulement une partie des musulmans. La majorité des théologiens considèrent que l’Etat musulman doit assumer cette obligation, mais cela doit être complémentaire avec les efforts des individus et des groupes structurés. C’est aussi l’interprétation que donne Ghazali dans son célèbre ouvrage « Revivification des sciences de la religion » quant au principe de la « La recommandation du bien et la défense du mal ».
III. Méthode organisationnelle de la Da’wa
Dans la promotion de l’Islam, il existe plusieurs méthodes qui s’inspirent des réalités quotidiennes, des époques et du vécu et de l’environnement des peuples concernés.
De fait, pour une certaine efficacité dans l’appel à l’Islam, nous devons développer les qualités suivantes qui apparaissent comme méthode et programme d’action à exécuter :
Primo :lutter contre sa propre ignorance à travers une quête perpétuelle de la science en générale et du savoir religieux en particulier. Surtout quand on sait qu’une meilleure compréhension de la science religieuse passe inéluctablement par une connaissance ne serait-ce que superficielle des autres formes de savoir.C’est pourquoi, dans le cadre de l’appel à l’Islam le musulman ou la musulmane doit s’instruire pour comprendre, tant au niveau individuel qu’au niveau local
· Au niveau individuel
Le musulman engagé doit essayer de s'instruire lui-même sur les questions internationales et locales en s’informant régulièrement. Ne dit-on pas que l’homme qui n’est pas informé est un danger public ? Il devrait prendre l'habitude de discuter des événements avec ceux qu'il rencontre et ainsi bénéficier de leurs opinions. De même, il devrait comprendre l’engagement islamique comme étant une question globale non limitée par les frontières nationales. Il est dans l'obligation de défendre les opprimés et de dénoncer l’injustice partout. Son devoir est d'expliquer le Message aux habitants de tous les continents du monde, dans la mesure de ses moyens. Le monde entier est considéré comme lieu d'action et d'adoration, ainsi que l'explique le Messager de Dieu : « La Terre a été faite pour moi mosquée et moyen de purification. »
· Au niveau local
Le musulman engagé devrait participer à sa communauté. C'est dans le milieu local que résident les devoirs fondamentaux du musulman, dans son environnement immédiat, sa localité ou son pays. Les responsabilités dont il doit s'acquitter sont les suivantes :
Ø Il doit avoir une connaissance et une compréhension approfondies du pays et de sa population. Il devrait étudier sa géographie, son histoire et sa mémoire, etc.
Il a besoin de posséder une solide connaissance des mouvements de la société civile, du système politique et institutionnel du pays, quels sont les intellectuels, les « décideurs », les grands auteurs. Le musulman engagé ne peut pas comprendre les gens à moins qu'il n'ait des connaissances de base sur les conditions religieuses, politiques, éducatives, économiques et sociales du pays où il vit et travaille.
Ø Ildevrait s'intéresser aux problèmes de société.
Il ne devrait pas adopter l'attitude négative qui consiste à dire qu'il n'est pas responsable de leur solution parce que, pour commencer, l'Islam n'a pas créé ces problèmes. Son comportement devrait être comme celui d'un médecin qui considère que guérir les maux de ses malades comme un défi et un devoir personnel. Même lorsqu'il n'a pas de vrai remède, il peut au moins atténuer la douleur et soulager le supplice du malade. On n'a jamais entendu parler d'un médecin prospère qui ridiculise ou attaque ses patients. Il essaie toujours d'améliorer la situation, dans un esprit positif.
En somme pour appeler à l'Islam, il faut avoir une connaissance solide En effet, l'ignorance, au lieu de corriger et améliorer, détruit la vocation et la corrompre. Allah l'Exalté dit:
« Dis: Voici ma voie, j'appelle les gens à Allah, moi et ceux qui me suivent, nous basant sur une Bassirah (une connaissance et une preuve évidentes). Gloire à Allah, et je ne suis point du nombre des associateurs. »Sourate 12 Verset 108.
Secundo : nous devons être des modèles vivants du message de l’Islam, tout comme Rassul (SAWS) l’a été pour l’humanité. Cette entreprise nécessite en plus du savoir religieux, de la sincérité, de la patience, et beaucoup d’engagement pour les causes justes.
· La sincérité:
Il est nécessaire que celui qui appelle à l'Islam soit sincère ayant l'intention d'appeler pour l'amour de Dieu le Tout Puissant. Il ne doit pas avoir le désir de se faire remarquer, ou le désir d'avoir une bonne image devant tout le monde. Il ne doit non plus espérer les louanges et les récompenses du peuple. Allah, Gloire à Lui, dit:
« Et qui profère plus belles paroles que celui qui appelle à Allah, fait bonne œuvre et dit: Je suis du nombre des Musulmans ? »Sourate 41 Verset 33.
· La patience:
Pour propager la vocation de l'Islam, il faut avoir aussi une personnalité digne et un comportement excellent, gardant sa patience et appelant à la patience. Il faut être sincère dans sa prédication, motivé pour propager le bien parmi les Hommes et les maintenir loin du mal. Celui qui appelle à la religion d'Allah doit implorer Allah l'Exalté qu'Il le guide et guide le peuple qu'il appelle. Quand le prophète Muhammad(SAWS) a appris que la tribu "Daws" a désobéi, il a dit: « ô Allah! Guide Daws et apporte-les proches. »
Avoir la vocation de l'Islam exige du prédicateur de ne jamais désespérer, ne jamais prononcer des mots qui pourront provoquer l'aversion chez les gens contre la vérité. Cependant, si quelqu'un parmi ceux qu'on appelle répond par une agression ou un acte d'injustice, la manière d'agir sera tout à fait différente, comme Allah, Gloire à Lui, dit:
« Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre, sauf ceux d'entre eux qui sont injustes. Et dites: Nous croyons en ce qu'on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c'est à Lui que nous nous soumettons. » Sourate 29 verset46
Tertio :promouvoir l’Islam, c’est savoir choisir le message qui convient au public cible et savoir identifier le public apte à recevoir le message. Pour ce faire, il faut connaître les besoins du public, ses forces, ses limites, mais aussi sa psychologie avant de l’aborder. Le Prophète (SAWS) recommandait : « Adressez-vous aux gens selon leur mentalité. »
Les mêmes méthodes qui nous permettent d’atteindre de bons résultats en entreprise également doivent nous aider à améliorer nos stratégies dans la da’wa. L’Islam doit être à cet effet perçu comme un produit, qui besoin d’être présenter pour être bien accepté du public. Ce marketing de l’Islam nécessite des connaissances approfondies et diversifiées.
Enfin l’appel à l’Islam de nos jours doit bénéficier de l’apport financier et du don de nos personnes comme Rassul (SAWS) nous y invite : « Le meilleur des humains est un croyant combattants pour la cause de Dieu, y allant de sa personne et de ses biens. ».
IV. Les difficultés liées à l’appel à l’islam dans le monde contemporain.
La globalisation, la perte des anciens repères, la crise identitaire, la récession économique, le chômage, l’impact des nouveaux moyens de communication et les transformations culturelles sont autant de facteurs qui limitent l’efficacité de la da’wa dans le monde contemporain. Ces problèmes agissent comme des révélateurs et concentrent toutes les peurs vis-à-vis de l’Islam et des musulmans.
Dans un récent sondage effectué en France, ces craintes et ce rejet se sont exprimés de la façon la plus claire : 43 % des Français considèrent que la présence d’une communauté musulmane en France est plutôt une "menace" pour l’identité du pays ; le même pourcentage se prononce contre la construction de mosquées (39 % en 2010), et 63 % se disent contre le port du foulard dans la rue (59 % en 2010). Seulement 17% des Français voient la présence musulmane comme un facteur d’enrichissement culturel.
Quand la peur, le populisme, les thèses d’extrême droite, la xénophobie et le racisme s’installent, se répandent et se normalisent (au point parfois de justifier une application discriminatoire de la loi), ce sont les sociétés dans leur ensemble qui sont en danger et doivent réagir. Vous conviendrez avec nous que la da’wa prend des coups dans ce contexte d’islamophobie généralisée dans le monde.
En dehors de ces facteurs externes handicapants, il y a d’autres facteurs internes qui sont liés à la diversité du message. Certes, s’il existe une certaine unité dans le contenu du message islamique, il faut noter une diversité quant à la forme qui ne favorise pas du tout la da’wa. Cette analyse avait été menée par Ibn Khaldoun qui retrace avec lucidité les phases fatidiques traversées par le message islamique. Une phase « populaire » où la force de cohésion et de propulsion du message est issue du peuple, suivie d’une phase « aristocratique » où le message était instrumentalisé pour la cause du pouvoir, qui plus tard deviendra « autocratique ». Enfin, une phase « d’éclatement ». A ces quatre phases correspondent quatre générations de musulmans : les « constructeurs », les « continuateurs », les « profiteurs », enfin les « destructeurs ». Mais ce seuil de rupture entraîne une régulation qui fait recommencer le cycle à son point de départ « populaire » permettant ainsi des alternances régénératrices pour la civilisation musulmane. Or, ce mécanisme a cessé d’être opérationnel sous l’emprise conjuguée de la désagrégation sociale, du dogmatisme culturel et du despotisme politique. La désagrégation sociale a provoqué un relâchement des mœurs. Le dogmatisme culturel qui, à l’origine, tentait de juguler ce désordre social, versa dans le conservatisme stérile. Conséquences le contenu de la da’wa a été altéré par les idéologies[1] qui ne servaient que la causes des pouvoirs. Aujourd’hui les survivances de cette décadence continuent de freiner la da’wa.
V. Les mérites liés à l’appel à l’islam et les conséquences liées à son l’abandon.
ØLes mérites liés à l’appel l’islam
Appeler les gens à n’adorer qu’Allah signifie également parfaire notre adoration, qui est la raison pour laquelle nous avons été créés. C’est un des actes les plus nobles, qui mérite une rétribution supérieure.
« Et qui tient meilleur langage que celui qui appelle [les autres] vers le Seigneur, fait le bien et dit : « Certes, je suis du nombre des musulmans (soumis à Dieu) » ? »Sourate 41 verset 33
Au sujet de la rétribution de celui qui appelle les autres à l’islam, Rassul (SAWS) a dit : « Quiconque guide une autre personne vers l’accomplissement d’une bonne action recevra une rétribution similaire à celle de cette personne. » (Sahih Mouslim)
Il a également dit : « Par Allah, si Allah guidait un seul homme par ton intermédiaire, cela serait meilleur pour toi que les meilleures races de chameaux. » (Al-Boukhari, Mouslim)
Selon ‘Oqba Al Ansari -qu’Allâh l’agrée-, le Messager d’Allâh (SAWS ) a dit : « Celui qui montre la voie d'une bonne action à l'égal du salaire de celui qui la fait. » [Rapporté par Mouslim]
D'après Abou Hourayra -qu’Allâh l’agrée-, le Messager d’Allâh -sallâ l-Lahû ‘aleyhi wa sallam- a dit : « Celui qui appelle à une bonne voie se voit attribuer l'égal du salaire de celui qui la fait. » [Rapporté par Mouslim]
Øles conséquences liées à l’abandon de la da’wa.
La da’wa est une obligation pour nous musulmans. De ce fait sa négligence et son abandon constitue des actes égoïstes répréhensibles en Islam. Pour certaines opinions de juristes consuls Allah vous a montré la Voie et vous refusez d'aider les autres à la trouver. Vous aurez à rendre compte de vos actions le jour du jugement. Quand vos voisins non musulmans seront devant Allah, ils diront que vous ne leur avez rien dit, que vous avez caché la Vérité et que vous ne leur avez jamais parlé de l'Islam. L’islam est la générosité.
Allah nous a donné comme mission de propager la Vérité sur Terre. Si nous avons la Vérité et que nous la cachons, nous aurons à rendre des comptes pour cela. Comme le Prophète à travers ce Hadith, nous ne devons pas abandonner la da’wa.
‘Ouqayl Ibn Abou Talib -qu’Allâh l’agrée- rapporte : « Les Qouraychites vinrent chez Abou Talib [...]
Abou Talib -qu’Allâh l’agrée- dit au Messager d’Allâh (SAWS)« Mon neveu! Par Allâh! Tu m'as toujours obéi. Ta tribu est venue prétendre que tu viens dans leur Kaâba et dans leurs cercles les importuner par tes paroles. Alors, si tu veux bien, laisse-les tranquilles ».
Le Prophète (SAWS) regarda le ciel et déclara : « Par Allah ! Il m'est impossible de laisser ma mission pour laquelle je suis envoyé tout comme il vous est impossible d'allumer du feu avec le soleil. »
Dans une autre version : Abou Talib -qu’Allâh l’agrée- lui dit : « Ta tribu est venue me voir et m'a dit ceci et cela. Alors épargne-moi et épargne ta propre personne, et ne m'accable pas par ce que je ne peux supporter et toi non plus. Arrête de leur dire les paroles qu'ils détestent ».
Le Messager d’Allah (SAWS) crut que son oncle avait changé d'avis à son sujet, qu'il allait le lâcher et l'abandonner et qu'il n'avait plus la force de résister avec lui.
Il répondit : « Mon oncle, si le soleil était posé dans ma main droite et la lune dans ma main gauche, je ne laisserais pas cette affaire jusqu'à ce que Allah la fasse triompher ou que je périsse pour sa cause ». Et le Messager d’Allah fut pris par les larmes et pleura. » 
Indépendamment de ce qui précède à notre époque l’abandon de la Da’wa provoquera une intensification des préjugés et autres stéréotypés autour de l’Islam, la recrudescence de pratiques dévoyées…
POUR NE PAS CONCLURE
La mise en place d’un système d’appel à l’Islam, quel que soit son niveau d’application, prend en compte de manière plus ou moins prononcée les différentes dimensions mises ici en évidence.
L’analyse d’un système de la Da’wa au Burkina par le CERFI nécessite d’apporter des réponses précises aux questions suivantes.
v Quelles fonctions cherche-t-on à privilégier par la mise en place d’un système d’appel à l’Islam? Cherche-t-on à développer surtout un bon croyant ou attend-on de la personne formée qu’elle soit acteur de changement ? La formation est-elle orientée vers la production de simples croyants, ou au contraire vers l’émergence et l’ancrage d’une conscience citoyenne musulmane? Ou encore, vise-t-on toutes ces dimensions à la fois ?
v Dans quelle logique s’inscrit-on au niveau du CERFI? Veut-on une centralisation du système, géré par un service de formation fortement organisé ? Cherche-t-on plutôt une décentralisation, laissant plus de place aux petites entités, aux individus ?
v Comment s’organise concrètement le système d’appel à l’Islam? En particulier, quelles sont les décisions — et qui les prend ? — en ce qui concerne le contenu du discours, l’analyse des besoins de communication religieuse, l’évaluation, la réponse aux demandes et aux offres,… ?
v Enfin, — et nous sommes convaincus qu’il s’agit là d’un domaine qui mérite de plus amples investigations — quelle est la place du CERFI dans le processus de formation à travers la Da’wa? N’est-il pas par excellence celui qui peut faire le lien entre les différentes fonctions dévolues aux institutions de production (Faire du CERFI,un espace de prospérité et une organisation actrice du développement national ), de formation (Faire du CERFI,un espace de spiritualité, de solidarité et de promotion des savoirs ), de gestion et d’analyse (Faire du CERFI,une organisation contribuant à l’éveil de la conscience citoyenne au Burkina Faso par la promotion des valeurs islamiques et républicaines)?
BIBLIOGRAPHIE
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Ben Halima A., 1997, Militer sur la voie du Prophète, Le Figuier
Ben Halima A., 1997, 6 leçons pour les jeunes inspirées de la sourate Youssef. Le Figuier.
Al Qaradâwi Yûsuf, 1998, Pour un éveil islamique efficient ( à même de renouveler le spirituel et de promouvoir le temporel), Rabat, Isesco traduit de l’Arabe par Moussa Chami, 215 pages.
Samir Amghar, 2013, L'islam militant en Europe, édition Infolio.
B. Articles
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Tablighi_Jamaat Historique, http://fr.wikipedia.org/wiki/ #consulté le 10/11/2013
Prosélytisme et/ou da’wa. Réflexions sur le cas de l’islam, http://gric-international.org/rubrique/publications-du-gric/gric-de-rabat/consulté le 10/11/2013
Da’wah ou l’Invitation à l’Islam, http://www.pointslash.info/air-islam2consulté le 10/11/2013
http://cultureintegrale.blog4ever.com
ANNEXE 1.
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Ø Bref historique de la Da’wa. Les prophètes remplissent une tâche importante qui consiste à avertir d'une façon manifeste et claire, expliquer avec sagesse, prêcher efficacement et présenter les meilleurs arguments. A titre illustratif nous allons évoquer le cas de quelque’ uns : Nouh, Ibrahim, Moussa, Issa et Mouhamad SAWS). v Nouh (alayhi salam) La vie et la mission du prophète Nouh est une mine de connaissances et de stratégies qui doit nous inspirer pour s’investir de manière efficiente dans la da’wa. Il est donc primordial de prendre exemple sur la vie, la mission et le comportement de notre prophète Nouh (alayhi salam). Le Coran nous en donne des indications : « Nous avons envoyé Noé vers son peuple. Il dit : « ô mon peuple, adorez Allah. Pour vous, pas d’autre divinité que Lui. Je crains pour vous le châtiment d’un jour terrible » » Sourate 7, verset 59. v Ibrahim (alayhi salam) L’histoire d’Abraham est riche en évènements historiques et en leçons de spiritualité et de morale. Tant sa foi a été éprouvée, tant sa vie a été difficile, Ibrahim (alayhi salam) est un exemple de patience, il aura fait preuve d’une croyance inébranlable durant sa longue vie. De sa naissance à la révélation qui lui est parvenue, son opposition au tyran Nemrod et son refus d’adorer les idoles. En passant par son mariage avec Sarah, les années d’infertilité de celle-ci, puis le mariage avec Hajar ainsi que sa migration vers la Mecque. Peu importe qu’il sache ou non comment les mettre en pratique. En ce sens, Abraham (alayhi salam) est également à prendre en exemple et la oumma peut rivaliser dans cela au quotidien. Chacun de nous peut donner aujourd’hui de son art, sa spécialité afin de continuer à transmettre le message. v Issa (alayhi salam) Lorsqu’on évoque Issa (alayhi salam), fils de Maryam , les premiers mots qui nous viennent à l’esprit sont : douceur, amour, miséricorde, compassion et empathie. Ainsi était notre prophète Issa (alayhi salam). De sa naissance miraculeuse (immaculée conception) à sa fin extraordinaire, tout dans la vie de Jésus (alayhi salam) force l’admiration et le respect. Il est né Prophète et appelait à la libération des âmes en abandonnant ses passions. Sa vie n’aura été que transmission du message et appel à la voie du Seigneur. On le considère comme Prophète du peuple car il ne s’est jamais coupé des siens. Pour lui aucune hiérarchie entre les hommes ne devait exister si celle-ci n’avait pas pour base la taqwa (la piété). L’histoire de son geste envers la samaritaine illustre parfaitement ces propos. Nous n’avons pas à choisir à qui nous faisons da’wa. L’histoire de Issa (alayhi salam) est forte en exemple également dans le domaine de l’humilité. En effet Issa ibn Maryam saura lui même s’effacer au profit d’Amir al muminine à la fin des temps, il ne sera plus chef mais soldat à la fin des temps pour porter le message et parachever la mission de Mohammed, prière et salut sur lui. Que la Oumma prenne exemple, il y a un temps pour diriger et un temps pour exécuter, servir. Dans tous les cas, la mission doit rester la même : transmettre le message divin sans ambiguïté. v Moussa (alayhi salam) L’histoire dans la da’wa est un enseignement sur la manière de transmission du message religieux aux hommes politiques. Dans ses relations avec Pharaon, dans son rapport de leadership avec sa communauté, il y a autant de stratégies et de discours pour convaincre et maintenir la relation entre Allah et ses serviteurs. « Et en effet Moïse vous est venu avec les preuves. » Sourate 2, verset 92. Somme toute, la société a changé et il faut prendre en compte ses paramètres, certaines constantes s’observent à travers tous les récits de nos messagers, cependant il y a des variables selon les lieux, les époques et les personnes concernées. Tous n’ont pas procédé de la même manière pour transmettre le message et inviter à la voie du Seigneur, mais le but est le même. « Transmettez de ma part, ne serait-ce qu’un verset » Ne négligeons pas l’importance de lada’wa dans notre religion. L’époque actuelle nous enseigne qu’il est nécessaire de sonder la communauté et identifier ses besoins pour ensuite mettre en place des projets. Il est nécessaire de s’inspirer du passé mais il faut le transposer en l’adaptant à la société actuelle. Ø La da’wa de Rassul (SAWS) Le Prophète (SAWS) voulut tout d’abord former son était major avec des hommes qui allaient l’aider à communiquer son message à l’humanité. Il savait que pour défendre la vérité, il aura besoin d’hommes énergiques, positifs, de probité morale, qui sauront réunir les gens autour d’eux : ceux qui allaient former le tronc de l’arbre qui devait donner les fruits. En trois ans, il en avait réuni deux cents. Pour ce faire lorsqu’on jette un regard sur le contenu des versets mecquois et des versets médinois, il y a une constante : les uns appellent à un renforcement de la foi et les autres à une diffusion de la religion, à la consolidation de la communauté de foi. De fait, la da’wa de Rassul peut se résumer en deux étapes. Etape 1 : Les historiens ont l’habitude de désigner cette époque de la Sira (biographie) du Prophète (SAWS) comme celle de l’invitation secrète tandis qu’elle a plutôt été silencieuse et individuelle. Le Messager choisissait soigneusement ses compagnons, les prenait dans toutes les classes de la société et toutes les tribus. C’étaient des esclaves, des notables, des commerçants, des gens riches ou pauvres. L’essentiel était de faire pénétrer l’Islam dans tous les cercles et de trouver les hommes sérieux et capables de porter la responsabilité et de se dépenser pour la cause. Ainsi parmi les premiers convertis on peut citer : Khadîdja son épouse, Ali son cousin, Zaïd son esclave affranchi, Abou Bakr son ami. Ces derniers ont amené d’autres, qui ont amené d’autres à leur tour. Etape2 : Dans cette étape, il s’est agit pour le Prophète Mouhamad (SAWS) de concevoir une stratégie de mobilisation longuement murit. C’est un plan organisé de façon graduelle et qui intègre toutes les dimensions d’une communication participative. L’orchestration des différentes phases du plan nécessite une construction intellectuelle solide qui surprenait les Qoraîche[2]. Dans cette étape publique de la da’wa de Rassul, il s’agit devant un adversaire d’avoir toujours avoir l'initiative et détenir un plan précis sinon nos actions ne seront que de pures réactions à ce que l'autre fait. . Et la Sira attire notre attention sur le fait que XIV siècles auparavant, le Prophète était conscient que pour atteindre un objectif, il devait établir un plan pour contrôler les mouvements des autres. C’est ce qu’il s’est attelé de faire au sein de sa famille et au sein de sa tribu. Deux versets coraniques parlent de cette étape de la da’wa de Rassul (SAWS). « Expose donc clairement ce qu'on t'a commandé et détourne-toi des associateurs » Sourate 15, verset 94 « Et avertis les gens qui te sont les plus proches » Sourate 26, verset 214 Le Prophète voyait qu'au début de cette deuxième phase, les nouveaux convertis appartenaient à seize tribus de Qoraïche et représentaient un petit échantillon de celle-ci. Cependant, il trouvait que les gens qui lui sont les plus proches étaient encore mécréants. C'est pour cette raison qu'il décida de commencer par eux. Cependant, le Prophète, tout en appelant sa famille à l'Islam, n'oublia pas que son message était aussi destiné à toute l'humanité. |
ANNEXE 2
Le Tabligh, qui signifie en arabe "la propagation de la foi", a été fondé dans les années 1920 en Inde par Mohamed Elyas dans un contexte de domination britannique et face à une poussée de la religion hindouiste. Cette activité missionnaire n'est pas politique, et ne vise que la transmission d'une pratique musulmane. Son objectif est la réislamisation de la société grâce à des actions de prédication. On les appelle les "témoins de Jehova de l'islam". Ils se regroupent par groupes de 4 ou 5 personnes et organisent des voyages, les Khorouj, pour appeler les musulmans à l'islam. Mais ce mouvement ne défend pas une vision politique.
Les Tablighis ont une interprétation littéraliste des principaux préceptes de l'islam. Ils s'efforcent ainsi de suivre à la lettre les codes et préceptes du droit islamique. Leur pratique est basée sur six qualités (Sita Sifâtes), parmi les nombreuses qualités que possédaient les compagnons du Prophète (SAWS):
1. La certitude sur Dieu (al yaqine) et le chemin du Prophète (SAWS), la Sunna ;
2. La prière avec concentration et dévotion ;
3. La foi et le rappel perpétuel de Dieu ;
4. La Générosité envers les musulmans ;
5. La correction de l'intention et la sincérité ;
6. Le prêche vers Allah avec la sortie sur le sentier d'Allah
D'abord présent en Inde, au Pakistan et au Bangladesh, le Tabligh va s'internationaliser dans les années 1950, via les routes qui menaient à la Mecque, en Arabie Saoudite. Aujourd'hui, on retrouve ce mouvement un peu partout dans le monde. S'il est difficile d'évaluer le nombre d'adeptes, il s'agirait de l'organisation islamique la plus importante du monde quantitativement.
Le mouvement fonctionne sur le système de la concertation (Al Machoura), à différents échelons. Par ailleurs, des savants, et qui constituent la "Machoura", s'efforcent de veiller à l'orthodoxie des pratiques des membres, à qui l'on conseille de sacrifier de leur personne, de leur temps et de leur argent, dans le sentier d'Allah, comme l'ont fait les compagnons (As-Sahabas).
ANNEXE 3
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LES DIX STRATEGIES DE MANIPULATION DE MASSE Noam Chomsky
1/ La stratégie de la distraction Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles » 2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics. 3/ La stratégie de la dégradation Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement. 4/ La stratégie du différé Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu. 5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles » 6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements… 7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles » 8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte… 9/ Remplacer la révolte par la culpabilité Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!… 10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes. |